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ConsomActrice - Agriculture: du Bio aux OGM


Cela peut paraît surprenant. Après tout, les agriculteurs biologiques rejettent les pesticides, les engrais synthétiques et les autres outils devenus synonymes d’agriculture à haut-rendement. Au lieu de cela, ils dépendent de l’élevage pour avoir du fumier et doivent faire pousser des haricots, du trèfle ou d’autres légumes fixateurs d’azote et fabriquer du compost ou d’autres formes d’engrais qui ne peuvent être produits dans des usines chimiques mais qui doivent être cultivés - et qui consomment donc de la terre, de l’eau et d’autres ressources. (La production d’engrais chimiques nécessite elle des quantités importantes de pétrole.) Dans la mesure où les agriculteurs biologiques s’interdisent l’utilisation de pesticides synthétiques, on peut penser que leurs cultures sont dévorées par des hordes d’insectes, leurs fruits frappés par la pourriture brune des cabosses et leurs plantes étouffées par les mauvaises herbes. De plus, comme l’agriculture biologique nécessite une rotation des cultures pour aider à contrôler les parasites, on ne peut cultiver aussi souvent dans le même champ du blé du maïs ou tout autre produit.

Des agriculteurs chargent leur récolte biologique, Indian Line Farm, Massachusetts, USA - Crédit photo : © Clemens Kalischer... De nombreuses études menées de par le monde montrent en réalité que les fermes biologiques peuvent produire autant, et dans certains cas beaucoup plus que les fermes conventionnelles. Quand il y a des différences de rendement, elles ont tendance à être plus importantes dans les pays industrialisés, où les agriculteurs utilisent de grandes quantités d’engrais synthétiques et de pesticides dans leurs incessantes tentatives d’augmenter la production. Il est vrai que les agriculteurs qui se dirigent vers une production biologique ont souvent un rendement moins élevé les premières années, le temps que le sol et la biodiversité alentour récupèrent après des années d’assauts chimiques. Plusieurs saisons peuvent être également nécessaires pour qu’un agriculteur affine cette nouvelle approche. …

… En passant en revue plus de 200 études menées aux Etats-Unis et en Europe, Per Pinstrup Andersen (professeur à Cornell et gagnant du World Food Prize) et ses collègues sont arrivés à la conclusion que le rendement de l’agriculture biologique arrive environ à 80% du rendement de l’agriculture conventionnelle. Beaucoup d’études montrent une différence encore moins marquée. …

… Plus important encore, dans les pays les plus pauvres où se concentrent les problèmes de famine, la différence de rendement disparaît complètement. … Contrairement aux critiques qui affirment qu’il s’agit d’un retour à l’agriculture de nos grands-parents ou que la majeure partie de l’agriculture africaine est déjà biologique, que cela ne peut pas fonctionner, l’agriculture biologique est une combinaison sophistiquée de sagesse ancienne et d’innovations écologiques modernes qui permettent d’aider à maîtriser les effets générateurs de rendement des cycles nutritifs, les insectes bénéfiques et la synergie des cultures. Elle dépend énormément de la technologie - et pas seulement de la technologie issue des usines chimiques.

Des fermes à haut contenu énergétique

Nous pourrions donc nous passer des usines chimiques ?

… une équipe de scientifiques de l’université du Michigan a essayé d’estimer la quantité de nourriture qui pourrait être récoltée après une transition mondiale vers l’agriculture biologique. L’équipe a passé au peigne fin toutes les études comparant le rendement des fermes biologiques et celui des fermes conventionnelles. En se basant sur 293 exemples, elle a établi un ensemble de données globales sur le taux de rendement des cultures mondiales les plus importantes dans les pays développés et les pays en voie de développement. Comme prévu, le rendement de l’agriculture biologique s’est révélé inférieur à celui de l’agriculture conventionnelle pour la majorité des catégories de cultures dans les pays riches, alors que les études menées dans les pays en voie de développement ont montré que l’agriculture biologique améliorait le rendement.

la majeure partie de la biodiversité mondiale se trouve à proximité des terres cultivées et que cela ne changera pas de sitôt.  …


Assez d’azote ?
… La plupart des gens qui ne croient pas que l’agriculture biologique puisse nourrir le monde se focalisent sur la quantité de fumier - et donc proportionnellement de pâturage et de têtes de bétails - nécessaire pour produire de l’engrais pour toutes les fermes biologiques de la planète. « Le problème de l’azote est différent selon les régions », affirme Don Lotter, un consultant agricole qui a beaucoup écrit à propos de l’agriculture biologique et de ses besoins en nutriments. « Mais on trouve beaucoup plus d’azote sous forme d’engrais vert que sous forme d’engrais animal. »
En analysant 77 études menées dans les zones tempérées et sous les tropiques, l’équipe du Michigan a conclu qu’une utilisation plus grande des plantes fixatrices d’azote dans les principales régions agricoles pourrait permettre d’obtenir 58 millions de tonnes d’azote de plus que la quantité d’azote synthétique actuellement utilisée chaque année.  Les résultats de l’étude menée par les scientifiques du Michigan permettent de penser qu’il ne sera pas nécessaire de défricher plus de terres pour obtenir suffisamment d’azote de manière naturelle et cela sans même avoir recours aux cultures intercalaires (plusieurs plantes cultivées en même temps dans le même champ), à la rotation entre bétail et cultures annuelles et l’inoculation dans le sol d’azotobacter, d’azospirillum et d’autres bactéries libres fixatrices d’azote.

Récolte de bananes biologiques près du lac Volta au Ghana - Crédit photo : Ron Giling/Peter Arnold, Inc.… le groupe de Halberg …Même si le groupe est arrivé à la conclusion que la production de nourriture déclinerait en Europe et en Amérique du Nord, ce modèle ne semblait pas avoir d’impact important sur les prix au niveau mondial. Comme il partait du principe, à l’instar de l’étude menée par les chercheurs du Michigan, que l’agriculture biologique augmenterait la production en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, dans le scénario le plus optimiste, même l’Afrique Subsaharienne, actuellement affamée, pouvait exporter un surplus alimentaire.

…, les études de terrain montrent que l’augmentation de la production due au passage à l’agriculture biologique est plus importante et consistante justement dans les régions pauvres, isolées et frappées par la sécheresse, où les problèmes de famine sont les plus graves. « L’agriculture biologique pourrait grandement contribuer à améliorer la sécurité alimentaire en Afrique Subsaharienne » affirme Halberg.

Mauvaise question ?

Pour commencer, l’agriculture biologique n’est pas aussi facile que celle qui fait appel aux produits chimiques. Au lieu de choisir un pesticide pour prévenir l’invasion d’un parasite, par exemple, un agriculteur biologique peut envisager de changer la rotation de ses cultures, de cultiver une plante qui éloignera les nuisibles ou attirera ses prédateurs - des décisions qui demandent une certaine expérience et une planification à long terme. De plus, l’étude de l’IFPRI laisse entendre qu’une conversion à grande échelle à l’agriculture biologique pourrait nécessiter que la majorité de la production laitière et bovine « soit mieux intégrée à la rotation des céréales et aux autres cultures commerciales » pour optimiser l’utilisation du fumier. Ré-introduire des vaches sur une ou deux exploitations pour fertiliser le sol peut sembler facile, mais le faire à grande échelle serait un vrai défi - et il est plus rapide de déverser de l’ammoniaque sur les sols épuisés.

 

Une fois encore il ne s’agit que d’hypothèses dans la mesure où une transition mondiale vers l’agriculture biologique pourrait prendre des décennies. Les agriculteurs sont des gens travailleurs et ingénieux et ils font généralement face à tous les problèmes qui peuvent se présenter. Si l’on élimine les engrais azotés, de nombreux agriculteurs feront probablement paître des vaches dans leurs champs pour compenser. Si l’on supprime les fongicides, ils chercheront des variétés de plantes résistantes aux moisissures. A mesure que de plus en plus d’agriculteurs vont se mettre à cultiver de manière biologique, ils amélioreront leurs techniques.

En d’autres termes, « l’agriculture biologique peut-elle nourrir la planète ? » n’est probablement pas la bonne question dans la mesure où nourrir la planète dépend plus de la politique et de l’économie que de n’importe quelle innovation technique.

 « La vraie question est : pouvons-nous nourrir la planète ? Point. Pouvons-nous remédier aux disparités en matière de nutrition ? » Kahn fait remarquer que la faible différence aujourd’hui entre le rendement de l’agriculture biologique et celui de l’agriculture conventionnelle ne serait pas un problème si les excédents alimentaires étaient redistribués.

Les lycéens cubains doivent étudier les techniques d’agriculture biologique et travailler dans les champs - Crédit photo : © Clemens KalischerL’agriculture biologique a cependant d’autres avantages qui sont trop nombreux pour être tous cités. Des études ont montré, par exemple, que les coûts « externes » de l’agriculture biologique - l’érosion, la pollution chimique de l’eau potable et la mort d’oiseaux et d’autres formes de vie sauvage - représentaient seulement un tiers de ceux de l’agriculture conventionnelle. Des enquêtes menées sur tous les continents montrent que les fermes biologiques abritent beaucoup plus d’espèces d’oiseaux, de plantes sauvages, d’insectes et d’autres espèces sauvages que les exploitations conventionnelles. Des tests menés par plusieurs gouvernements ont révélé que les aliments biologiques ne contenaient qu’une minuscule fraction des résidus de pesticides que l’on trouve dans les autres aliments et ne contenaient pas d’hormones de croissances, d’antibiotiques et autres additifs présents dans de nombreux aliments conventionnels. Il existe même des preuves que les aliments biologiques ont des niveaux considérablement plus élevés d’anti-oxydants bénéfiques pour la santé.

Il y a également des avantages sociaux. Parce qu’elle ne dépend pas d’intrants coûteux, l’agriculture biologique pourrait aider à faire pencher la balance en faveur des petits fermiers dans les pays frappés par la famine. Un rapport de 2002 de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture notait que « les systèmes biologiques peuvent permettre de doubler ou de tripler la productivité des systèmes traditionnels » dans les pays en voie de développement, mais indiquait que la comparaison à propos du rendement donnait une « image limitée, étroite et souvent trompeuse » dans la mesure où les fermiers de ces pays adoptent souvent les techniques d’agriculture biologique pour économiser de l’eau et de l’argent et réduire la variabilité du rendement dans des conditions extrêmes. Une étude plus récente du Fonds international de développement agricole a trouvé qu’à cause de son besoin en main-d’œuvre plus élevé, « l’agriculture biologique pouvait se révéler particulièrement efficace pour redistribuer les ressources dans les régions où la main-d’œuvre est sous-employée. Cela peut aider à contribuer à la stabilité rurale. »

La terre du milieu

On obtiendrait ces avantages même sans une conversion complète à une sorte d’utopie biologique. En fait, certains experts pensent qu’il serait plus prometteur et raisonnable d’adopter une position intermédiaire, où de plus en plus d’agriculteurs choisiraient les principes de l’agriculture biologique même s’ils n’en suivraient religieusement pas l’approche. Dans ce scénario, les fermiers pauvres et l’environnement y gagneraient.

Bunch préconise plutôt une « voie du milieu » une éco-agriculture ou agriculture à faible niveau d’intrants qui utilise de nombreux principes de l’agriculture biologique et ne dépend des produits chimiques que pour une petite fraction. « Ces systèmes peuvent permettre aux petits cultivateurs de produire immédiatement deux ou trois fois ce qu’ils produisent actuellement » explique Bunch. « De plus, c’est intéressant pour les petits producteurs car le prix par unité produite est moins élevé. » En plus des gains immédiats au niveau de la production alimentaire, Bunch laisse entendre que les avantages environnementaux de cette voie du milieu seraient beaucoup plus grands qu’un passage total à l’agriculture biologique car « cinq à dix fois plus de petits cultivateurs l’adopteraient par unité de sol et par investissement consacré à la formation. Ils n’enlèvent pas la nourriture de la bouche de leurs enfants. Si cinq cultivateurs réduisent de moitié leur utilisation de produits chimiques, les effets bénéfiques sur l’environnement seront deux fois et demi plus grands que si un cultivateur passe complètement à l’agriculture biologique. »…

Brian Halweil est chercheur à l’Institut Worlwatch et l’auteur de Eat Here : Reclaiming Homegrown Pleasures in a Global Supermarket.


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