| Maman - Contes, Fables et Conscience |
Un jour dans un jardin
Un jeune ver de terre,
Subissant le dédain
D'une abeille trop fière,
Désira mettre fin
A une vie sans entrain.
Doucement cheminant,
Constamment dévorant
Son précieux aliment
La terre nourricière,
Se croyant inutile
Et ne sachant rien faire,
Il admirait, futile,
Des abeilles ouvrières.

Elles savaient faire mill' choses :
Butiner, malaxer,
Fabriquer des alcôves
En cire pour leurs bébés.
Les humains promenaient
Leurs ruches de pré en pré.
Elles étaient adulées
Pour le miel qu'elles faisaient.
Lui pauvre ver de terre
Que savait-il donc faire ?
- Sans aucune qualité
Comment peut-on m'aimer ?
Une abeille butinant
Se mit à l'écouter
- Il est vrai cher rampant
Que tu n'es pas bien né.
Nous savons transformer
Le nectar, le pollen
En miel, en cire et même
Protéger notre reine.
Qu'as-tu donc à offrir ?
Toi qui ne sais servir
Ni l'homme ni tes semblables
Te sens-tu respectable ?
A quoi te sert de vivre
Sans but et sans dessein ?
Nous abeilles, sommes fières
De défendre notre essaim.
Le petit ver de terre
En conclut vite et bien
Qu'il n'était bon à rien
Qu'à retourner la terre.

Un jardinier passa
Et puis le ramassa
- Tiens ! dit-il un trésor
Pour ma terre, c'est de l'or !
- Est-ce de moi que l'on cause ?
Ou rêverais-je encore ?
Où est cette autre chose
Dont j'envie bien le sort ?
Il chercha dans la main
Pourtant il ne vit rien.
- Jardinier dis-moi tout
Sur ma vie, mon destin ?
- Volontiers petit ver ...
Les vers de terre pour nous
Ramollissent la terre.
En douceur, ils l'aèrent.
Leurs passages incessants
donnent à nos jeunes plants
Une terre bien tendre
Pour leurs racines étendre.
Vous êtes les garants
De cette qualité.
Vous faites le bonheur
De tous les jardiniers.
Le petit ver de terre
Se sent devenir grand
Son rôle est important
Pour les hommes et la terre
Il se sent un géant
Lui si petit si lent
Il a confiance en lui
Et il aime la vie.
- Personne n'est inutile
Chacun a son chemin.
On a parfois besoin
D'un petit coup de main
D'amis pour nous aider
A trouver dans nos cœurs
Toutes ces qualités
Qui apportent le bonheur.
Le bonheur de donner
Celui de partager
Le bonheur de s'aimer
Pour mieux aimer les autres.
Les différences sont riches
De leurs enseignements
Même si certains se fichent
D'y croire tout simplement.
Tu me dis rien avoir
Hormis le désespoir
C'est que tes qualités
Sont restées bien cachées
Et même que parfois
Tu les as ignorées.
C'est le cas de bon nombre
Dans notre société.
Tu dois les faire jaillir
Tu dois les exploiter
Tu dois les enrichir
Tu dois les estimer.
Il n'y a rien de pire
Que de les ignorer
Si c'est ce que tu fais
Tu cesses de t'aimer.
Alors à ta vie donne
Le sens des vraies valeurs
Et ne laisse personne
Te dicter ton bonheur.
Corinne Macary Gascuel
Au Bonheur des Fables

